Le tribunal fait partiellement droit à la demande de placement sous le régime de l’instance de classement, au titre des monuments historiques, du muséum d’histoire naturelle de Rouen, et en particulier du mobilier d’exposition de ses collections.
La métropole Rouen Normandie qui gère depuis le 1er janvier 2026, le muséum d’histoire naturelle de Rouen, a approuvé, une première fois, par deux délibérations successives des 6 novembre 2017 et 4 novembre 2019, le projet scientifique et culturel du nouveau pôle muséal Beauvoisine, issu de la réunion des collections du musée des antiquités et du muséum d’histoire naturelle. Le parcours de visite est profondément remanié dans le cadre d’une pédagogie réinventée, faisant appel aux technologies du numérique et à la création de nouveaux espaces de vie pour mettre en valeur les collections.
Après approbation, en dernier lieu le 25 septembre 2023, du programme de rénovation de ce pôle muséal et attribution du marché de maîtrise d’œuvre, l’association « Urgences patrimoine » et un universitaire ont saisi à deux reprises le ministre de la culture le 17 janvier 2024, puis le 14 décembre 2024, en vue d’obtenir le placement sous le régime de l’instance de classement, au titre des monuments historiques, du muséum d’histoire naturelle de Rouen, et en particulier du mobilier d’exposition de ses collections. Le ministre n’a pas donné suite à leurs demandes.
Le régime de l’instance de classement au titre des monuments historiques est prévu à l’article L. 621-7 du code du patrimoine pour les immeubles et à l’article L. 622-5 pour les objets mobiliers. Il permet, lorsque la conservation de tels biens présentant un intérêt du point de vue de de l’art ou de l’histoire est menacée, de leur faire bénéficier des effets du classement au titre des monuments historiques, le temps que soit examinée l’opportunité de prononcer le classement de tout ou partie de ces biens.
Le muséum d’histoire naturelle s’est distingué, dès la seconde moitié du XIXème siècle, sous l’impulsion de son directeur, Félix Archimède Pouchet, puis de son successeur, Georges Pannetier, par sa muséographie innovante pour faire du muséum un endroit de promenade et de curiosité ainsi qu’un lieu d’éducation populaire. Pour la première fois en France à compter de la fin du XIXème siècle, le muséum a procédé à un ordonnancement méthodique des salles et galeries et à une présentation scientifique des collections, avec la présentation d’animaux naturalisés en évolution dans leur milieu de vie reconstitué, en particulier dans le cadre de dioramas. Les galeries des mammifères et des oiseaux avec leurs dioramas, et les salles d’anatomie et d’embryologie humaine du muséum d’histoire naturelle de Rouen faisaient figure, encore au milieu du XXème de « modèle ». Leur valeur patrimoniale est, dans cette mesure, indéniable.
Dans ces conditions, le tribunal a estimé que, en dépit des remaniements qu’elle avait pu connaître jusqu’à aujourd’hui, la muséographie du muséum avait conservé son identité originelle et que les vitrines, îlots centraux et dioramas, qui constituent le mobilier d’exposition de ses collections, présentaient le caractère d’un ensemble d’objets mobiliers. Le programme de rénovation du pôle muséal Beauvoisine est de nature à porter atteinte à leur cohérence et leur intégrité. Le tribunal juge ainsi que l’intérêt au plan de l’art et de l’histoire de ces collections justifie que le muséum d’histoire naturelle de Rouen, et en particulier le mobilier d’exposition de ses collections soit placé sous le régime de l’instance de classement.
Le tribunal a en conséquence enjoint au ministre de la culture d’y procéder dans un délai d’un mois.